10.12.08

C'est Thirion qui le dit : "Burn after Reading est le Boulevard de la Mort des Coen, un film préoccupé de vitesse, abandonnant les récits tentatulaires et choraux (...)"

Pas faux sur ce point ( la vitesse). A côté pour le reste : Tarantino filme d'adorables cagols, les Coen shoote de misérables crétins. Le braquet est le même, pas la conduite.

8.12.08

104

Lu ça.
Puis vérifié sur pièces.
Et le 104 est un tube. Une conduite forcée. S'y matérialise cette glissade permanente des corps, cette impression si contemporaine de passer parce qu'on nous refuse. Je suis un étranger. Ici tout est pure surface, conçu pour nous accélérer, pauvres particules, nous cracher à l'autre bout du canon. L'ambiance hall de gare ou quai d'embarquement n'est pas feinte : le 104 est un non-lieu. Sauf qu'aucun drame ne s'y joue. Pas de départ, ni d'arrivée, rien d'autre que la traversée hébétée du vide, une déambulation glaciale et mortifère (il s'agirait d'un ancien et gigantesque funérarium). Si l'art est rencontre, confluence, synergie (à en croire les responsables de ce truc), il a déserté ces lieux, et l'on ne voit pas comment il pourrait y revenir. Difficile de voir ici autre chose qu'un détachement souverain, qu'une déconnexion, pardon, une sur-connexion spatio-corporelle. De là, sans doute, sa beauté conceptuelle, cette fascinante inclination des lieux à nous considérer comme pure trajectoire plutôt qu'être humain, à nous comprendre dans sa structure comme on y injecterait un fluide. Attention : stationnement interdit.

3.12.08

A quoi bon écrire, m'interroge, à quoi bon quand d'autres le font mieux ? Mon complexe vire à l'obsession ces temps-ci, ronge les derniers synapses de la boîte noire qui me sert de cervelle. L'Impasse. Oui, comme le film de De Palma. L'impression de n'avoir pas commencé que je vois déjà le mur de la fin : ce texte aussi je le terminerais la mort dans l'âme. Merde. C'est atroce de conchier ce qu'on pisse. Je peux plus les voir ces longues lignes filasses qui courent de pixels en pixels sur le mur blanc et rétroéclairé de mon impuissance. Je peux plus les voir ces mots à la traîne, péniblement ânonnés par mes doigts perclus de doute qui se prennent par la main à la manière de potes qui se haïraient. Je peux plus les voir, eux non plus, ces textes brillants écrits comme on tient "une caille aux ailes délicatement bandées pour l'envol" (Terence Malick), ces pièces d'orfèvrerie assemblées par d'autres, je ne sais comment, dans le laboratoire de leur carafon. A quoi bon écrire, m'interroge, à quoi bon si tu n'enrichis que le temps et ton petit égo malade. Quand je regarde mon clavier noir de touches et de l'encre électronique que je n'ai su calligraphier, je ne vois que la projection boutonneuse de mon désordre intérieur. C'est tout. Un tapis de lettres sous lequel sommeillent des fulgurances fantasmées, sans que je sache comment les faire sortir de leur torpeur. Soulever la carpette ? Je n'arriverais, je ne le sais que trop, qu'à faire s'envoler les cailles de tout à l'heure. J'ai la peur d'écrire. Chevillée. Au ventre. Voilà tout et ce n'est rien. Rien d'autre que ça. Une peur de dire moins, une peur de de lire mieux, à droite de l'écran ou ailleurs. Fermer les yeux, je vois que ça.